40 % des piscines publiques vétustes : une bombe à retardement pour les territoires

Développement durable, Gestion technique, Maintenance

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En France, les fermetures de piscines municipales se multiplient. Derrière ces portes closes, un constat alarmant : près de 40 % des piscines publiques sont aujourd’hui considérées comme vétustes. Un chiffre qui n’est pas seulement technique ou budgétaire, mais qui pose un enjeu social, éducatif, sanitaire et territorial majeur.

Des équipements vieillissants, hérités des années 1970

Sur les quelque 6 000 bassins que compte le pays, la moitié a été construite dans les années 1970, dans le cadre du plan « 1 000 piscines » lancé après les Jeux olympiques de 1968. Conçus pour répondre à une urgence sportive nationale, ces équipements arrivent aujourd’hui en fin de cycle.

La durée de vie théorique d’une piscine est estimée entre 30 et 35 ans. Certes, des réhabilitations lourdes peuvent prolonger l’exploitation de dix à quinze ans, mais le parc français est désormais ultra-vétuste. La Fédération française de natation estime d’ailleurs que 600 piscines sont aujourd’hui obsolètes.

Métropole lilloise : un symptôme national

La région lilloise illustre parfaitement cette crise. Cinq piscines ont fermé en un peu plus de deux ans, victimes de dégradations structurelles, d’infiltrations d’eau, d’affaissements ou de coûts d’exploitation devenus intenables.

À Haubourdin, par exemple, une piscine rénovée en 2008 accueillait jusqu’à 200 000 nageurs par an. Fermée depuis septembre, elle présente aujourd’hui des fissures visibles, du béton dégradé en sous-sol et un risque structurel majeur. Le coût d’une reconstruction est estimé entre 18 et 20 millions d’euros, soit l’équivalent du budget annuel de la commune.

Quand la vétusté devient un enjeu de santé publique

Les conséquences dépassent largement la question du patrimoine bâti. Depuis la rentrée, 25 classes d’écoles ont été privées de natation dans certains secteurs. À l’échelle nationale, un élève sur trois ne sait pas nager à son entrée en sixième, et 15 % des établissements scolaires n’ont pas accès à une piscine, ce qui concerne près de 500 000 élèves.

Or le savoir-nager est inscrit dans le code de l’éducation. Et les chiffres récents de Santé publique France sont sans appel : les noyades ont augmenté de 50 % en un an, dont 40 % concernent des enfants de moins de 12 ans. La fermeture des piscines accentue directement ce risque.

Des gouffres financiers difficiles à anticiper

Au-delà de l’état du bâti, la piscine publique est l’un des équipements les plus complexes et coûteux à exploiter. Selon l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales, le coût de fonctionnement atteint en moyenne 2 200 € par m² de plan d’eau et par an pour une piscine couverte.

La flambée des prix de l’énergie a aggravé une situation déjà structurellement déficitaire. La Cour des comptes souligne qu’aucune des piscines qu’elle a auditées ne présente un résultat d’exploitation équilibré. Le déficit moyen observé est de 640 000 € par an, lié à :

  • des coûts de construction souvent sous-estimés,
  • des dérives en phase chantier,
  • un manque de compétences techniques et financières pour piloter ces projets complexes.

L’urgence d’un pilotage en amont

Face à cette crise, une réponse uniquement curative – fermer, reconstruire, subventionner dans l’urgence – n’est plus soutenable. Le véritable levier se situe en amont, dans la capacité des collectivités à :

  • connaître précisément l’état technique de leur patrimoine,
  • anticiper les cycles de vétusté,
  • projeter les coûts globaux (investissement, exploitation, énergie, maintenance),
  • arbitrer sur des bases objectivées et comparables.

Autrement dit, piloter les ouvrages avant qu’ils ne deviennent des passoires techniques, énergétiques et financières.

De nouveaux cadres, mais un besoin d’outils

L’État a engagé plusieurs actions : soutien de l’Agence nationale du sport, fonds vert, assouplissement réglementaire sur la vidange des bassins, bonnes pratiques de rénovation. Mais ces dispositifs ne suffisent pas sans une capacité locale de pilotage stratégique du patrimoine.

Les collectivités, souvent contraintes budgétairement, ont besoin d’outils d’aide à la décision pour prioriser, planifier et sécuriser leurs investissements, en particulier sur des équipements aussi sensibles que les piscines.

Batela Solutions : éclairer les décisions publiques

C’est précisément dans cette logique que s’inscrit Batela Solutions. À travers ses outils d’analyse et de simulation, Batela Solutions accompagne les acteurs publics dans la compréhension fine des coûts, des risques et des trajectoires de leur patrimoine immobilier.

Appliquée aux piscines publiques, cette approche permet de :

  • objectiver l’état de vétusté,
  • comparer des scénarios (réhabilitation, reconstruction, mutualisation),
  • anticiper les dérives budgétaires,
  • et replacer l’équipement dans une vision de long terme, à l’échelle du bassin de vie.

Vers un véritable « plan piscine » ?

La question posée au Sénat en 2025 par le sénateur Jacques Grosperrin a remis le sujet au cœur du débat public. Beaucoup appellent désormais à un véritable “plan piscine”, combinant financements, transition énergétique, et surtout pilotage stratégique du parc existant.

Car au-delà des chiffres, la piscine municipale reste un équipement structurant du lien social, de la santé publique et de l’égalité territoriale. La laisser se dégrader sans anticipation, c’est accepter un recul silencieux mais profond du service public local.

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Dernière mise à jour 16 Jan. 2026